
Au cours des trois dernières décennies, la société haïtienne semble avoir régressé dans de nombreux domaines. La productivité du pays a chuté, l’innovation a souffert, et nos institutions publiques semblent moins attentives aux besoins des citoyens. L’État lui-même a affiché des performances décevantes, avec des répercussions négatives sur tous les aspects de la société, notamment la jeunesse.
Un célèbre président américain disait : “Tant vaut la jeunesse, tant vaut la nation.” Cela nous amène à nous interroger : est-ce que nos institutions étatiques ont préparé les jeunes à assumer le destin de notre pays ?
Les jeunes d’aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, seront les futurs pères, mères, enseignants et dirigeants. Notre préoccupation, dans cet ouvrage, est d’explorer les obstacles qui entravent l’épanouissement complet de la jeunesse haïtienne, et par conséquent, freinent le développement de notre nation. En d’autres termes, la jeunesse haïtienne dispose-t-elle de tous les éléments nécessaires pour s’épanouir et contribuer activement au progrès de son pays ?
Depuis 1986, après le départ de Jean-Claude Duvalier, Haïti semble plonger dans un abîme. Tout le monde pensait détenir la solution aux problèmes croissants du pays.
La majorité réclamait la démocratie, parfois sans même comprendre pleinement le sens du mot. De leur côté, les politiciens avaient du mal à expliquer au peuple qu’ils ne maîtrisaient pas non plus la signification de la démocratie. Comment établir ce concept dans un pays qui avait passé près de deux siècles sous le joug de régimes autoritaires ?
Pendant 182 ans, Haïti a été sous le contrôle de gouvernements autoritaires, jusqu’en 1986. Le peuple aspirait à vivre enfin libre, mais les dirigeants avaient du mal à inculquer cette notion de manière lucide.
Sous le régime militaire après le départ du président Jean-Claude Duvalier, le discours sur la démocratie était omniprésent, mais il semblait virtuel.
En 1990, Jean-Bertrand Aristide, pionnier de la théologie de la libération, est devenu le premier président démocratiquement élu d’Haïti après la chute des Duvalier. La population pensait alors que la démocratie était une réalité dans le pays. Cependant, six mois plus tard, un coup d’État sanglant mené par l’armée haïtienne renversa le président Aristide. Le pays sombra dans l’obscurité, les problèmes sociaux se multiplièrent rapidement.
Au fil des ans, on se demandait quand Haïti connaîtrait la paix et quand le peuple cesserait de vivre dans l’humiliation. Il devint clair que ceux qui prétendaient tout savoir sur la démocratie ne la comprenaient pas réellement. Les jeunes, l’espoir véritable du pays, commençaient à quitter leur terre natale en quête d’un avenir meilleur, car vivre dans l’insécurité sous toutes ses formes devenait insoutenable. Ces jeunes pensaient revenir un jour, mais ce retour nécessitait la mise en place de certaines structures. La question était alors : qui allait les mettre en place ?
Pendant ce temps, l’administration publique devenait de plus en plus perçue comme l’ennemi du peuple. Les services étaient quasi inexistants, et ceux qui étaient supposés être compétents semblaient plus préoccupés par la sauvegarde de leurs postes que par le bien-être de la majorité. La situation était criante : l’électricité, l’eau potable, la production nationale, l’emploi, et les enlèvements étaient devenus des préoccupations quotidiennes, tandis que les dirigeants restaient silencieux.
Le pays semblait accepter la présence omniprésente des déchets et des ordures, sous les yeux des autorités politiques. Une question se posait alors : ces autorités sont-elles des responsables ou des vidangeurs ? La politique devenait un casse-tête, dont personne n’avait même envisagé d’ouvrir la boîte.
Le pays était devenu un lieu où l’indignation était acceptée partout, et les autorités politiques semblaient à l’aise. La jeunesse devait agir pour que le pays redevienne un endroit où il fait bon vivre pour tous. Les solutions existent, elles demandent simplement de la volonté.
Il est temps pour les Haïtiens de se rassembler et de faire de leur pays un phare pour tous. Le changement dépend de tous les enfants de la nation. C’est un appel à l’unité, à la prise de conscience et à la fierté de son pays, car la honte peut engendrer une impulsion positive.
En fin de compte, l’amour pour Haïti nous pousse à poser des questions cruciales et à tenter l’impossible pour améliorer la situation. Le changement viendra des filles et des fils de la nation, unis pour éclairer le chemin. Cet ouvrage vise à éclairer et à inciter à l’action.
