Par HAÏTI TODAY, le 17 Janvier 2024


Dans cette exploration commandée par Marlene L. Daut, notre série dévoile les implications des 220 ans d’indépendance haïtienne sur la narration mondiale de l’abolition et du développement des droits de l’homme. Un voyage à travers l’histoire complexe de Haïti, mettant en lumière les défis persistants liés à la souveraineté.



En novembre 1803, à Saint-Domingue, l’Armée indigène, ou Armée indigène, a vaincu les troupes expéditionnaires de Napoléon et fondé la première nation noire des Amériques. Sur les cendres de cette ancienne colonie française, les généraux du Général en chef Jean-Jacques Dessalines ont pris possession du territoire et lui ont rendu le nom amérindien original : Haïti. Dans sa proclamation du 1er janvier 1804, Jour de l’Indépendance haïtienne, Dessalines rappela au peuple : « Nous avons osé être libres, osons être libres par nous-mêmes et pour nous-mêmes. » Depuis lors, le monde a eu d’autres idées.

SEUL AU MILIEU DES LOUPS (1804–25)

Se libérer de l’emprise coloniale française n’était pas sans danger. C’était une anomalie, même dans un hémisphère où l’esclavage des Afro-descendants, le colonialisme et le racisme structuraient chaque société des Amériques. Et la libération des Haïtiens terrifiait les esclavagistes coloniaux. Les Nord-Américains, en particulier, estimaient qu’à tout prix, ils devaient donner une leçon au peuple haïtien, afin que son expérience révolutionnaire ne se reproduise pas sur le continent.

En conséquence, bien que Haïti ait soutenu les mouvements d’indépendance en Amérique latine, elle s’est retrouvée largement isolée en ce qui concerne l’esclavage sur la scène politique américaine hémisphérique. Au début, les élites latino-américaines n’avaient pas de plans immédiats pour abolir l’esclavage. Plus que tout, ils voulaient l’aide haïtienne pour mettre fin à la colonisation espagnole en Amérique du Sud, mais le gouvernement haïtien a conditionné son assistance à l’abolition, forçant leur main.



En 1825, malgré la célèbre Doctrine Monroe, une flotte française dirigée par un diplomate nommé le baron de Mackau vint à Haïti pour exiger que le gouvernement verse une indemnité réparatrice aux anciens colons en échange de la reconnaissance de la souveraineté et de l’indépendance haïtiennes. Le gouvernement, dirigé par le président Jean-Pierre Boyer, céda à la pression et signa la reconnaissance de dette; cela a effectivement mis l’économie nationale d’Haïti en faillite.

Avec peu de moyens disponibles pour payer la somme énorme de 150 millions de francs, Boyer ne vit guère d’autre choix que de s’endetter auprès des banques françaises. Cela étouffa les paysans haïtiens, principalement installés dans des communautés rurales, à tel point que le gouvernement haïtien devint leur principal prédateur. Comme l’a souligné le savant haïtien Michel Hector, le gouvernement a tenté de maintenir l’économie de plantation en vie, même sans esclavage. Pour ce faire, il a adopté des mesures inspirées du régime colonial dans l’espoir de dominer les paysans.

C’est dans ce contexte qu’en 1826, le gouvernement haïtien a promulgué un Code Rural dont le principe juridique reposait sur le renforcement du “travail agricole obligatoire et l’attachement du travailleur, à la manière féodale, à la terre”. Ces lois exigeaient effectivement de tous les Haïtiens vivant à la campagne qu’ils se consacrent au travail agricole, dont la majorité des bénéfices serait légalement attribuée au gouvernement haïtien. Bien que le peuple haïtien n’ait plus à craindre d’attaque offensive des Français, Haïti est entrée dans une nouvelle phase de lutte pour préserver sa souveraineté politique, où son propre gouvernement indigène, injustement endetté envers la France en raison d’un arrangement néocolonial, sapait la libération haïtienne.



L’ILLUSION D’UNE PLEINE SOUVERAINETÉ (1825–1915)

Alors que la France réaffirmait son contrôle colonial sur Haïti par cette manipulation économique prédatrice, les hostilités mondiales et racialisées contre Haïti s’intensifiaient. Au XIXe siècle, le racisme était un élément structurant des relations internationales. À une époque où les anthropologues naissants proclamaient l’inégalité des races humaines et la suprématie du “type blanc”, les puissances étrangères se lançaient dans la colonisation de l’Afrique, dans le but de “civiliser” et d’éduquer ses peuples. Évoluant dans ce cadre ouvertement suprémaciste blanc, les ethnographes occidentaux et les diplomates étrangers présentaient généralement Haïti comme une terre de barbares marquée par l’instabilité politique, le paganisme africain présumé et le cannibalisme. Ces “détracteurs de la race noire” considéraient Haïti comme un exemple parfait du “retour à la barbarie” et de l’échec de l’émancipation des Afro-descendants dans les Amériques.

Par conséquent, les alliés européens et américains de la France ont justifié leur isolement d’Haïti et ont mis en œuvre des politiques de confinement économique et de boycott diplomatique. La croyance en l’infériorité raciale noire et l’idéologie coloniale constituaient le fondement d’une hostilité internationale permanente envers Haïti. Les Européens considéraient Haïti comme un échec des principes libéraux, égalitaires et démocratiques qui sous-tendaient la révolution atlantique, une tragédie aux implications révolutionnaires qui mettait en danger l’ordre mondial blanc.

Les diplomates étrangers étaient souvent des hommes qui avaient des idées préconçues sur la race et le monde, des hommes qui croyaient que l’émancipation des Afro-descendants, en particulier lorsqu’elle s’accompagnait de la création d’une nation noire, mettait en danger le monde. ordre mondial. Conséquemment, les puissances étrangères ont imposé un embargo diplomatique et commercial à Haïti. Pour survivre à l’isolement, Haïti a cherché des alliés moins préjudiciables aux Afro-descendants, notamment au Moyen-Orient et en Afrique.



L’État haïtien a également emprunté des millions à des prêteurs étrangers pour rembourser la dette de la France, qui était initialement de 24 millions de francs, mais qui, en raison des intérêts composés, était passée à 150 millions de francs en 1838. Cela a plongé Haïti dans un cycle de remboursement de dettes interminable, un cercle vicieux de dettes, de crises et de dépendance économique. Le service de la dette a absorbé une grande partie du budget national et a contribué à la création d’une bureaucratie d’État largement inefficace et bureaucratique, ce qui a nui à la souveraineté haïtienne. En somme, Haïti était asservie économiquement, son économie étant largement dirigée par des intérêts étrangers et des politiques néocoloniales qui maintenaient le pays dans un état de dépendance économique persistante.

La dette nationale haïtienne envers la France a été remboursée en 1947. Cependant, le fardeau des dettes accumulées a continué de peser sur l’économie haïtienne. Les conséquences de cette dette ont façonné la politique et les relations internationales d’Haïti tout au long du XIXe siècle et au-delà. La dette a contribué à la fragilité économique, à la faiblesse politique et à l’instabilité sociale en Haïti. Les multiples tentatives de Haïti pour établir et maintenir un gouvernement stable ont été entravées par les retombées économiques de la dette néocoloniale, laissant le pays vulnérable aux influences étrangères et aux interventions. La dette a entravé la capacité du gouvernement haïtien à investir dans son propre développement, contribuant à la stagnation économique et au cycle de pauvreté qui a persisté au fil des générations. En fin de compte, la dette néocoloniale a sapé la souveraineté d’Haïti, jetant une ombre prolongée sur son parcours post-indépendance.



QUEL AVENIR POUR HAÏTI ?

Aujourd’hui, Haïti est confrontée à des défis complexes et interconnectés qui exigent une approche multidimensionnelle et globale. La reconstruction de la nation exige une réflexion critique sur son histoire, y compris la manière dont la dette néocoloniale a façonné son parcours post-indépendance. Pour bâtir un avenir meilleur, Haïti doit s’attaquer aux racines profondes de sa vulnérabilité structurelle et s’efforcer de construire un État fort, autonome et résilient. Cela nécessite non seulement un engagement national, mais aussi un soutien international qui respecte la souveraineté d’Haïti et reconnaît les conséquences historiques de la dette néocoloniale. L’histoire d’Haïti est complexe et nuancée, mais en comprenant les défis qu’elle a affrontés et continue d’affronter, il est possible de poser les bases d’une trajectoire de développement plus équitable et durable. Haïti mérite un avenir où la souveraineté, la dignité et la prospérité sont les piliers de son existence.



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  1. Comment le racisme mondial a-t-il influencé les politiques étrangères envers Haïti?
  2. Quels sont les héritages persistants du racisme dans la perception d’Haïti sur la scène mondiale?
  3. En quoi les leçons du passé peuvent-elles guider les actions pour renforcer la souveraineté d’Haïti aujourd’hui?
  4. En quoi l’indépendance haïtienne a-t-elle influencé les idées d’émancipation dans le monde?
  5. Comment les perceptions mondiales d’Haïti ont-elles évolué depuis sa fondation?
  6. Quels enseignements tirer de l’audace de l’indépendance haïtienne pour les luttes actuelles?

Défis de la Première République (1804–1825)

Se libérer de l’emprise coloniale n’était pas sans conséquences. Haïti, bien que soutenant les mouvements d’indépendance en Amérique latine, se retrouve isolée. Les pressions françaises en 1825 entraînent un accord financier préjudiciable. Comment ce néocolonialisme économique a-t-il ébranlé les fondements de la jeune nation?



Illusions Perdues et Racisme Structurant (1825–1915)

Au XIXe siècle, le racisme international s’intensifie. Les perceptions occidentales, imprégnées de suprématie blanche, diabolisent Haïti. Les politiques de confinement et d’embargo étrangères s’ensuivent. Comment ce racisme mondial a-t-il sapé la stabilité et la souveraineté haïtiennes?


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Fardeau de la Dette et Trajectoire Post-Indépendance

La dette néocoloniale, remboursée en 1947, laisse des cicatrices profondes. Entravant le développement, elle contribue à l’instabilité politique et économique. Comment cette dette a-t-elle façonné la post-indépendance d’Haïti et quelles leçons peut-on en tirer?

Quel Avenir pour Haïti?

Face à des défis interconnectés, Haïti doit entreprendre une reconstruction critique, en tenant compte de son histoire et des ramifications de la dette néocoloniale. Pour un avenir de souveraineté, Haïti a besoin non seulement d’un engagement national mais aussi d’un soutien international respectant son indépendance. L’histoire complexe d’Haïti offre des enseignements pour un développement équitable et durable.



Conclusion :
Les 220 ans d’indépendance d’Haïti révèlent une trajectoire complexe, marquée par des défis et des triomphes