HAITI TODAY | 19 Mai 2024
À l’approche de l’élection présidentielle, le mur frontalier entre la République dominicaine et Haïti devient un symbole politique fort. Le président sortant, Luis Abinader, mise sur la construction de cette barrière pour lutter contre l’immigration, la violence et la contrebande, un projet largement soutenu par la population dominicaine.

Vue aérienne du mur frontalier construit entre la République dominicaine et Haïti, le 15 mai 2024 à Pedernales FEDERICO PARRA / AFP
La plage paradisiaque de Pedernales, avec son sable blanc, est désormais dominée par un imposant mirador semblable à ceux des prisons. C’est ici que débute le mur de 164 kilomètres que la République dominicaine construit pour se protéger de l’immigration, de la violence et de la contrebande en provenance d’Haïti. À quelques jours de l’élection présidentielle, ce mur symbolise les tensions politiques et les relations complexes entre les deux nations qui partagent l’île d’Hispaniola.

Le mur frontalier construit entre la République dominicaine et Haïti, le 15 mai 2024, à Pedernales / Federico PARRA / AFP.
Luis Abinader, candidat à sa propre réélection, a fait de la lutte contre l’immigration haïtienne un pilier de sa campagne. Selon lui, ce mur a déjà permis de réduire de 80% le vol de bétail et de motos dans certaines régions. Il affirme que cette barrière protège les emplois et le commerce dominicains, et promet de poursuivre et d’étendre sa construction s’il est réélu. Cette politique est approuvée par 70% des Dominicains, y compris son principal rival, l’ancien président Leonel Fernandez.

Cependant, certains experts, comme Juan Del Rosario, doutent de l’efficacité du mur pour contrôler l’immigration. “La pression migratoire ne se limite pas aux infrastructures physiques ou technologiques,” affirme-t-il. Bien que le vol de bétail ait diminué, “les marchandises illicites telles que les drogues et les armes continuent de passer.”
À Pedernales, la situation semble calme. Des camions haïtiens traversent la frontière avec des marchandises sous le regard des militaires dominicains, qui n’interviennent pas. Eleodoro Matos, un notable local, souligne que les Haïtiens locaux sont calmes et considère la clôture comme nécessaire pour réduire le vol de bétail.

En revanche, au poste-frontière de Jimani, la situation est plus stricte. La présence militaire est plus importante, avec des patrouilles et des contrôles rigoureux. Cependant, selon Juan Enrique Matos, commerçant au marché El Paso de Jimani, “le mur ne fonctionne pas ici”. Il explique que les Haïtiens paient souvent des pots-de-vin aux gardes pour passer.

Le mur frontalier entre la République dominicaine et Haïti reste un sujet de débat intense à l’approche des élections. Alors que certains voient en lui une solution aux problèmes de sécurité et d’immigration, d’autres doutent de son efficacité réelle. La question de la gestion des frontières et des relations avec Haïti continue de diviser la société dominicaine. Abonnez-vous à Haiti Today pour rester informé des développements futurs.


