HAITI TODAY | 11 Janvier 2025


Jimmy Chérizier, alias “Barbecue”

Le chef de file de la principale coalition de gangs armés en Haïti, Jimmy Chérizier, alias “Barbecue”, a annoncé lors du 221e anniversaire de l’indépendance d’Haïti que cette coalition, connue sous le nom de Viv Ansanm (Vivre Ensemble), envisage de se transformer en parti politique. Cette déclaration de l’ancien policier devenu chef de guerre n’est pas passée inaperçue, mais elle n’a pas non plus suscité le débat politique habituel dans le pays.

Cependant, cette annonce refait surface dans un contexte plus large. Cette semaine, un document adressé à la Communauté des Caraïbes (CARICOM) a mentionné Viv Ansanm parmi les acteurs pouvant jouer un rôle dans la transition politique chaotique du pays. Ce document, signé par plusieurs politiciens influents appartenant à divers groupes politiques, propose des solutions pour réformer le Conseil présidentiel de transition, un organe composé de neuf membres actuellement éclaboussé par un scandale de corruption bancaire.

Propositions pour la transition

Dans leur proposition à la CARICOM, les signataires suggèrent de réduire le conseil à trois membres, incluant un représentant de la société civile, un membre du pouvoir judiciaire et un acteur politique. Pour illustrer le soutien à cette idée, le document mentionne Viv Ansanm, soulignant que, bien que cette coalition n’ait pas signé l’accord politique d’avril dernier, elle appuierait la reconfiguration du conseil.

Cette inclusion a immédiatement été perçue comme une tentative de légitimer Chérizier et ses alliés, responsables, selon les Nations unies, de plus de 5 600 décès en 2024. Interrogé sur ce sujet lors d’une interview à la radio Magik 9, Liné Balthazar, président du parti PHTK, a défendu cette décision.

Une approche pragmatique ?

Balthazar a justifié cette mention en affirmant :

“Arrêtons l’hypocrisie. Les organisations internationales et les ambassades interagissent avec les gangs pour accéder à certaines zones. Nous devons aborder ce problème de manière adulte et pragmatique.”

Cependant, il a nié avoir des contacts directs avec ces groupes et a émis des doutes sur l’idée d’une amnistie pour les gangs, bien qu’il n’exclue pas une alliance possible dans le cadre des élections prévues cette année.

Une controverse immédiate

La mention de Viv Ansanm a provoqué des réactions négatives dans certains cercles politiques. André Michel, avocat et porte-parole du Secteur Démocratique et Populaire, a catégoriquement rejeté l’idée d’une négociation avec les gangs :

“Ils n’ont pas leur place à la table des négociations. Ce sont des criminels qui doivent être neutralisés.”

D’autres, comme Pierre Espérance, défenseur des droits humains, estiment que l’inclusion des gangs dans le débat politique renforce l’impunité et normalise la violence.

“Cela montre que certains politiciens entretiennent des relations avec ces groupes armés. C’est un manque de respect pour les victimes.”

Un débat délicat

L’idée d’impliquer des gangs dans la résolution de la crise politique n’est pas nouvelle. Certains leaders de la CARICOM l’avaient évoquée lors de discussions sur la transition. Cependant, les États-Unis et la France s’y sont fermement opposés.

Pour de nombreux Haïtiens, une telle inclusion est inconcevable. Les communautés affectées par la violence des gangs ont souvent répondu par des actes de justice populaire, refusant toute idée de négociation. Samuel Madistin, ancien candidat à la présidence, qualifie cette approche de “trahison envers les victimes”.

“Il est inconcevable que des politiciens croient qu’un groupe terroriste puisse contribuer à la paix et à la stabilité.”

Conclusion

Alors que le débat sur le rôle des gangs persiste, les critiques soulignent que la solution réside dans un renforcement de la police et de l’armée, et non dans une légitimation de ceux qui ont contribué à la crise. Pour beaucoup, toute tentative de négocier avec ces groupes ne ferait qu’aggraver la situation et compromettre la justice pour les milliers de victimes de leur violence.