HAITI Today | 22 Mars 2025

Ce 22 mars 2025 est une date mémorable pour le football haïtien: le centenaire de la sélection nationale, surnommée “Les Grenadiers”, qui a disputé son premier match officiel il y a exactement un siècle, le 22 mars 1925, contre la Jamaïque à Port-au-Prince. Selon Le Nouvelliste du 25 mars 1925, Haïti s’est inclinée 1-2 face aux Jamaïcains, avec le premier but de son histoire inscrit par Painson à la 86e minute [1]. Ce match inaugural, bien que soldé par une défaite, a marqué le début d’une épopée footballistique qui, sur cent ans, a oscillé entre exploits retentissants et défis colossaux.
Les débuts modestes et les premières ambitions internationales
L’histoire de l’équipe haïtienne commence dans un contexte où le football gagne en popularité dans les Caraïbes. En 1933, la Fédération Haïtienne de Football (FHF) s’affilie à la FIFA, permettant à Haïti de participer aux qualifications pour la Coupe du monde 1934 en Italie [2]. Sous la direction d’Édouard Baker, les Grenadiers disputent trois matchs contre Cuba au Parc Leconte à Port-au-Prince, enregistrant deux défaites (1-3 et 0-6) et un match nul (1-1). Ces premiers pas internationaux, bien que peu fructueux, traduisent une ambition naissante. Cependant, la fédération ne participe pas aux qualifications des Coupes du monde 1938 et 1950, freinée par des contraintes économiques et organisationnelles.
Haïti refait surface en 1954 pour les éliminatoires de la Coupe du monde en Suisse, dirigée par le Français Baron Paul. Dans un groupe comprenant les États-Unis et le Mexique, l’équipe termine dernière, subissant notamment une lourde défaite 8-0 contre le Mexique [2]. Ces premières décennies sont marquées par des difficultés, mais elles posent les bases d’une résilience qui deviendra la marque de fabrique des Grenadiers.
Les années 1960 : une montée en puissance
Les années 1960 voient l’émergence de talents qui commencent à façonner l’identité footballistique haïtienne. En 1957, Haïti remporte le Championnat CCCF (Confédération de football d’Amérique centrale et des Caraïbes) lors de sa première participation, écrasant Cuba 6-1 [2]. En 1959, l’équipe débute aux Jeux panaméricains, terminant quatrième après des défaites contre les États-Unis (7-2) et le Brésil (9-1), mais une victoire 8-2 contre Cuba montre son potentiel.
En 1961, Haïti intègre la Concacaf, née de la fusion de la NAFC et de la CCCF, et participe à nouveau au Championnat CCCF sous la direction d’Antoine Tassy. Bien qu’elle termine dernière de la phase finale avec trois défaites et un cinglant 8-0 contre le Costa Rica, cette période marque le début d’une structuration [2]. En 1965, lors du Championnat Concacaf, Haïti finit encore dernière, mais Tassy, revenu en 1966, remporte la Coupe Duvalier, un tournoi local qui renforce la confiance de l’équipe.
Les qualifications pour la Coupe du monde 1970 sont un tournant. Haïti, toujours sous Tassy, domine son groupe avec des victoires contre Trinité-et-Tobago (4-0) et le Guatemala (2-0), malgré une défaite 4-2 à domicile [2]. Après avoir éliminé les États-Unis, elle atteint la phase finale contre le Salvador. Une victoire héroïque 3-0 à l’extérieur suit une défaite 2-1 à domicile, mais un match d’appui à Kingston (Jamaïque) se solde par une défaite 1-0 en prolongation, brisant le rêve mondial.
L’âge d’or : 1973-1974
Les années 1970 consacrent Haïti comme une puissance régionale. En 1973, sous Antoine Tassy, l’équipe remporte le Championnat Concacaf à Port-au-Prince, battant Trinité-et-Tobago 2-1 en finale, et se qualifie pour la Coupe du monde 1974 en Allemagne [2]. Première nation caribéenne à atteindre cette compétition, Haïti marque l’histoire. Le 15 juin 1974, face à l’Italie à Munich, Emmanuel “Manno” Sanon inscrit un but légendaire en seconde période, mettant fin à une série de 1143 minutes sans encaisser de but pour Dino Zoff. Malgré une défaite 3-1, suivie de revers contre la Pologne (0-7) et l’Argentine (1-4), cette participation reste un sommet [3].
Les héros des Grenadiers
De nombreux joueurs ont écrit la légende haïtienne. Emmanuel Sanon, avec ses buts en 1974, est une icône. Joe Gaetjens, né à Port-au-Prince et célèbre pour son but avec les États-Unis contre l’Angleterre en 1950, incarne aussi cet héritage. Pierre Bayonne, Guy Saint-Vil, Philippe Vorbe, Henri Francillon, Carlo Marcelin, Golman Pierre, Bruny Pierre Richard, Tiga, Donald Guerrier, Peguerro Jean Philippe et Kervens Belfort Fils ont marqué leur époque. Plus récemment, Johnny Placide, Duckens Nazon et Frantzdy Pierrot brillent, Nazon détenant le record de cinq buts en un match lors d’une victoire 13-0 contre Sint Maarten en 2018 [4]. Des entraîneurs comme Antoine Tassy, René Vertus et Marc Collat ont façonné l’équipe.
Les défis modernes
Depuis les années 2000, Haïti fait face à des obstacles majeurs : instabilité politique, catastrophes naturelles comme le séisme de 2010 (qui a tué plus de 30 membres de la FHF) et défections de joueurs [5]. Des matchs à domicile sont délocalisés, souvent à Miami, où la diaspora soutient l’équipe. Malgré cela, Haïti atteint les demi-finales de la Gold Cup 2019 sous Marc Collat, battant le Canada 3-2 avant de s’incliner 1-0 face au Mexique [2].
Un centenaire d’espoir
Ce 100e anniversaire célèbre un siècle de passion et de résilience. À tous les Haïtiens qui soutiennent les Grenadiers, dans les stades ou à distance, je souhaite un joyeux centenaire ! Que cette équipe continue d’inspirer.
🇭🇹❤️ GRENADYE ALASO ! ❤️🇭🇹
Références :
- Le Nouvelliste, 25 mars 1925, “Par 2 Buts contre 1 L’Équipe Jamaïcaine gagne le premier Match” (cité dans Courtney, Barrie, RSSSF, 2007).
- Wikipédia, “Haiti national football team”, en.wikipedia.org/wiki/Haiti_national_football_team (dernière mise à jour consultée : mars 2025).
- FIFA, “Haiti’s World Cup adventure in 1974”, http://www.fifa.com (archives historiques).
- National Football Teams, “Haiti – Records”, http://www.national-football-teams.com (mise à jour 2025).
- L’Union Suite, “Past & Present: Meet Haiti’s National Football Team”, http://www.lunionsuite.com, 12 juin 2013.
