Haiti Today | 22 Mars 2025
L’insécurité continue de paralyser Haïti. Plus de 102 institutions de l’État ont été contraintes d’abandonner leur siège, laissant place à un vide administratif inquiétant. Malgré l’installation du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et la nomination d’Alix Didier Fils-Aimé à la Primature, la situation ne cesse de se détériorer.

Selon des données compilées par des organisations locales et des rapports internationaux, plus de 100 institutions étatiques haïtiennes ont été contraintes d’abandonner leurs locaux depuis 2023 en raison de l’insécurité grandissante. Ce phénomène, qui s’intensifie depuis plusieurs mois, soulève des interrogations sur la capacité des autorités à rétablir l’ordre public, dans un contexte de crise multidimensionnelle.
La situation s’est aggravée malgré la mise en place du Conseil présidentiel de transition (CPT) il y a onze mois et la nomination d’Alix Didier Fils-Aimé au poste de Premier ministre en avril 2024. Selon un rapport de la Mission des Nations unies en Haïti (BINUH) publié en juillet, près de 60 % du territoire national échapperait actuellement au contrôle des forces de sécurité, notamment dans des régions comme l’Artibonite ou la capitale Port-au-Prince, où les gangs armés imposent leur loi.
Parmi les institutions affectées figurent des tribunaux, des directions départementales et des services fiscaux, paralysant l’administration publique. « Cette désertion institutionnelle crée un vide qui profite aux groupes criminels », explique un expert en sécurité cité par le Nouvelliste, principal quotidien haïtien. Des sources gouvernementales, interrogées sous anonymat, reconnaissent des « défis logistiques et sécuritaires », mais affirment que des plans de relocalisation temporaire sont en cours.
Une crise politique et sécuritaire sans précédent
La violence des gangs, qui contrôle une partie des infrastructures stratégiques (ports, routes), a entraîné le déplacement de plus de 360 000 personnes depuis 2023 selon l’OIM. Les critiques s’accentuent contre l’exécutif, accusé de prioriser les transitions politiques au détriment d’une stratégie sécuritaire cohérente. Pour l’opposition, cette inertie équivaudrait à une « capitulation silencieuse » face aux groupes armés.
Alors que le CPT promet un retour à l’ordre constitutionnel d’ici 2026, la population, elle, reste sceptique. « Nous survivons au jour le jour », témoigne une habitante de Port-au-Prince jointe par téléphone. Les récentes opérations policières, menées avec le soutien de forces internationales, peinent à inverser la tendance.
À suivre : Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue fin août pour évaluer le déploiement de la mission de soutien multinationale en Haïti, suspendue en raison de tensions diplomatiques.
Sources : BINUH, OIM, Le Nouvelliste, entretiens avec des acteurs locaux (juillet-août 2024).
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