Port-au-Prince — Haïti aborde 2026 au cœur d’une récession profonde, alimentée par une insécurité incessante et l’essor des économies de survie informelles. Sept années d’affilée de PIB en baisse, une inflation galopante et des millions de personnes contraintes de vivre sur les trottoirs soulignent l’ampleur de cette crise sociale et économique.
Selon les Comptes économiques 2025 de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), de nombreuses entreprises ont été décapitalisées, déplacées ou fermées l’an dernier. Les pertes d’emplois se sont accumulées, et les déplacements internes de population se sont aggravés au milieu des violences des gangs.
L’économie s’est contractée de 2,7% en PIB réel — moins sévèrement qu’en 2024 (-4,2%), mais toujours dévastateur. Aucun secteur majeur n’a échappé aux chocs sécuritaires et aux turbulences politiques, anéantissant tout espoir de reprise.
Les données de l’IHSI confirment une spirale ininterrompue depuis 2019 : baisse annuelle moyenne de 2,4%. Le PIB réel est tombé à 552 milliards de gourdes en 2025 contre 658,3 milliards en 2018 — une perte cumulée de plus de 106 milliards de gourdes, soit 16%.
L’insécurité alimentaire aiguë a explosé, passant de 2,3 millions de personnes fin 2018 à 5,7 millions en septembre 2025. « Chaque point de PIB perdu se traduit par une précarité accrue », alerte l’IHSI.
📉 Économie haïtienne 2025 : chiffres clés
PIB réel : -2,7% (après -4,2% en 2024)
Perte cumulée de richesse (2018-2025) : +106 Md gourdes (-16%)
Insécurité alimentaire aiguë : 5,7 millions de personnes
Inflation annuelle : 28,3%
Économie informelle : >70% de la main-d’œuvre, ~35% du PIB
Secteurs laminés par la violence
L’agriculture et l’extraction ont chuté de 4,7% après 5,7% en 2024. L’industrie manufacturière, la construction et les services publics ont reculé de 5,1%. Les services ont baissé de 2,7%, un repli plus modéré qu’en 2024 (-3,9%), atténuant légèrement la contraction globale.
Les pressions des gangs dominent : blocages routiers, rançons, paralysie des marchés de Port-au-Prince, suspension des vols internationaux à Toussaint Louverture depuis novembre 2024, et ralentissement du port ont asphyxié la logistique.
L’inflation a atteint 28,3% en moyenne annuelle (31,9% en fin d’année), contre 25,8% l’an dernier, dopée par des chocs internes malgré un taux de change stable et un approvisionnement en carburant.
Plus de 70% des travailleurs dépendent désormais de l’informel, qui représente ~35% du PIB et érode la base fiscale face à des besoins sécuritaires et sociaux explosifs. Les marchés de rue à Delmas et Pétion-Ville grouillent de vendeurs déplacés par les gangs.
💰 Portrait du secteur informel
Rôle croissant : Ressort principal pour des segments croissants de la population
Points chauds : Partout, surtout en banlieue métropolitaine
Part du PIB : ~35% (experts)
Conséquences : Fragilisation accrue, recettes d’État en berne, besoins non couverts en explosion
Perspectives 2026 : la sécurité avant tout
Des lueurs d’espoir émergent : ouverture du Port du Sud aux exportations, reprise des vols à l’aéroport Antoine-Simon des Cayes, investissements publics fin 2025 et décentralisation budgétaire. Mais l’IHSI insiste : « Un niveau de sécurité acceptable reste indispensable à toute reprise. »
Les élites doivent privilégier l’intérêt collectif à l’individuel, exhorte l’institut, pour éviter l’effondrement.